L’ATV, module de service d’Orion!

[Ceci est mon premier article sur parmilesetoiles.fr, après que Brigitte m'ait proposé de contribuer occasionnellement à ce blog, ce que j'ai accepté avec plaisir. Grand merci à elle, et bonne lecture à vous!  -Marc]

Mercredi dernier (le 16 janvier) a marqué une date importante dans la coopération entre la NASA et l’ESA, puisque le deux agences -américaine et européenne- ont annoncé la contribution de l’Europe à la mise au point de l’Orion-MPCV (Multi-Purpose Crew Vehicle)!

Basé sur l'ATV et fourni par l'ESA, le nouveau module de service d'Orion hérite de la fameuse silhouette en "X" du vaisseau cargo européen, reconnaissable entre toutes. (Cliquer pour agrandir. Crédit: NASA)

Orion, c’est cette capsule spatiale actuellement développée par la firme Lockheed Martin pour le compte de la NASA, conçue pour l’espace interplanétaire et destinée à succéder à la Navette Spatiale d’ici la fin de la décennie. Elle permettra à l’agence, pour la première fois depuis plus de 30 ans, de se consacrer à nouveau à de grandes missions habitées d’exploration, vers la Lune, des astéroïdes proches, et enfin Mars & ses satellites (Phobos et Déïmos). D’une capacité de 4 à 6 personnes, elle aura une autonomie en vol d’au moins 21 jours.

Or, une telle capsule n’est rien sans un module de service (SM) pour alimenter les astronautes en air, eau, électricité et chauffage, ou encore pour les propulser à travers le vide de l’espace. Et justement, lors d’une conférence de presse conjointe qui se tenait mercredi dernier, il a été annoncé que c’est l’ESA qui développera et fabriquera le module de service d’Orion, en se basant sur les technologies de l’ATV actuel! La rumeur selon laquelle la NASA souhaitait déléguer la fabrication du SM courait depuis le printemps 2012, et le conseil ministériel de l’ESA de novembre dernier, qui s’est tenu à Naples, avait donné son accord de principe au projet de coopération.

C’est un marché «gagnant-gagnant», puisqu’ainsi, la NASA (qui connait des contraintes budgétaires très sévères depuis quelques années) se protège contre les risques d’annulation du programme et économise plus de 400 millions d’euros sur la conception du SM, tandis que l’ESA peut donner une suite à son vaisseau ATV et se garantir un futur dans le domaine du vol spatial habité.

Gros plan de l'ATV-3 "Edoardo Amaldi", alors qu'il s'approchait de la Station Spatiale Internationale. C'est la moitié arrière du vaisseau qui servira de base au module de service d'Orion. Noter les moteurs principaux et les moteurs de controle d'attitude, qui seront tous présents sur l'Orion-SM. (Cliquer pour agrandir. Crédit: NASA)

L’ATV, « Véhicule de Transfert Automatisé », est le plus gros vaisseau de ravitaillement de l’ISS, et l’engin spatial le plus complexe jamais conçu en Europe. A l’époque de ça conception, au début des années 2000, il était vu comme une première étape dans la mise au point d’une capsule spatiale de fabrication européenne, qui aurait enfin doté l’ESA d’un système complet pour le vol habité. Hélas, les rigueurs de l’économie et la frilosité du monde politique ont vite eu raison de ces projets, et après son 5ème et dernier vol en 2014, les technologies remarquables développées pour l’ATV menaçaient de disparaître avec lui, alors qu’elles avaient été pensées dès le début pour être compatibles avec un vaisseau spatial habité.

L'un des deux moteurs OME de la Navette, utilisés pour les maneuvres orbitales. Ce sera le moteur principal de l'ATV/Orion. (Crédit: NASA)

Ainsi, en utilisant l’ATV pour concevoir le module de service d’Orion, l’Europe va pour la première fois véritablement fabriquer une pièce maîtresse d’un vaisseau spatial habité. Les emprunts direct à l’ATV sont nombreux: réservoirs de carburant, tuyauterie, systèmes de guidage, contrôle d’attitude… et last but not least: les panneaux solaires pour la production d’énergie, qui donneront à la capsule Orion cette silhouette en « X » si caractéristique! Si les moteurs de secours et de contrôle d’attitude seront eux aussi dérivés de l’ATV, le moteur principal, en revanche, sera fourni par la NASA; il s’agit en fait d’un moteur OME (Orbital Maneuvering Engine), dont une paire équipait chaque Navette! Ainsi doté, le module de service aura le carburant et la puissance nécessaires pour revenir de l’orbite lunaire, ou d’astéroïdes circulants entre Mars et la Terre.

La capsule Orion sera testée une première fois seule, l’année prochaine, pour un court vol inhabité en orbite terrestre, au cours duquel elle grimpera jusqu’à 5800km d’altitude (à comparer au 400km de l’orbite de l’ISS), avant d’effectuer une rentrée atmosphérique deux orbites plus tard. Cette mission est dénommée EFT-1 (Exploration Flight-Test 1), et verra la capsule Orion décoller à bord d’une fusée Delta-IV « Heavy ».

L'habitacle pressurisé de la 1ère capsule Orion est déjà en cours de préparation au Centre Spatial Kennedy, pour un vol d'essai prévu en 2014. (Crédit: NASA)

L’ESA est chargée de livrer le 1er exemplaire du module de service à temps pour le vol inaugural du duo Orion-SLS, prévu pour 2017. Ce vol, dénommé EM-1/SLS-1 (Exploration Mission 1, et premier vol du lanceur SLS), sera lui aussi inhabité, mais enverra la capsule et son module de service en orbite autour de la Lune pour une mission de 7 jours, en vue de valider l’ensemble du système: la fusée lourde SLS, la capsule Orion, et son module de service.

Juste après l’annonce de mercredi dernier, la NASA a d’ailleurs publié une belle vidéo présentant le déroulement d’EM-1. On peut y admirer à loisir le lanceur SLS (digne héritier de la fusée lunaire Saturne V), et le vaisseau Orion équipé de son module de service européen flambant neuf!:

La mission suivante, EM-2/SLS-2 sera le tout premier vol habité d’Orion, prévu pour 2021. Il devrait emmener 4 astronautes en orbite autour de la Lune, une nouvelle fois pour une mission de 7 jours. A nouveau, le module de service sera fourni par l’ESA, ce qui pourrait signifier qu’un des membres d’équipage sera européen! (les négociations à ce sujet auront lieu dans les prochains mois.)

Au delà? Eh bien au-delà, la NASA elle-même n’a pas encore de dates et objectifs fixés, ce qui explique aussi pourquoi l’accord de coopération NASA-ESA ne porte pour le moment que sur le module de service des deux premières missions, et que rien n’est décidé pour les modules de service ultérieurs. Cela dit, la situation devrait se clarifier autour des prochains mois, maintenant que la réélection d’Obama assure à l’agence quatre années supplémentaires de soutien gouvernemental. On parle beaucoup, en coulisses, d’un projet d’avant-poste orbital au voisinage de la Lune, qui servirait de dépôt de carburant et de point de départ pour les missions habitées ultérieures, vers les astéroïdes et Mars…

Quoi qu’il en soit, ce nouveau chapitre qui s’ouvre dans l’histoire de l’ATV promet d’être passionnant!

Rediffusion de la conférence de presse conjointe du 16 janvier 2013

Article (en anglais) au sujet de l’ATV/Orion sur NASASpaceflight.com

Galerie d’images consacrée à l’ATV/Orion sur le site de l’ESA

La NASA parade sur Philadelphia Avenue à Washington!

La NASA défilait ce lundi 21 janvier 2013 à Washington pendant la parade d’investiture du second mandat du Président Barack Obama…

2013 Inauguration (201301210021HQ)


(Si vous avez peu de temps, sautez directement à 0:45)

Le premier char présentait une réplique à l’échelle 1 de Curiosity, le rover arrivé sur Mars il y a quelques mois, accompagnée de 7 membres de l’équipe Mars Science Laboratory (MSL) de la NASA.

2013 Inauguration (201301210017HQ)

Le second char présentait une réplique à l’échelle 1 d’Orion, la future capsule spatiale de la NASA, destinée à de grandes missions d’exploration, notamment lunaires!

2013 Inaguration Parade (201301210035HQ)

2013 Inauguration (201301210018HQ)

2013 Inauguration (201301210019HQ)

Huit astronautes étaient également là, dont cinq vétérans de missions menées à bord des navettes spatiales américaines: Alvin Drew (STS-118, STS-133), John Grunsfeld (STS-67, STS-81, STS-103, STS-109, STS-125), Mike Massimino (STS-109, STS-125), Leland Melvin (STS-122, STS-129), Lee Morin (STS-110). Kate Rubins, Serena Aunon et Kjell Lindgren représentaient quant à eux la future génération d’astronautes américains – tous 3 ayant été sélectionnés par la NASA en 2009.

La première apparition de la NASA dans cette parade, c’était en 1969, pour l’investiture du Président Nixon. Sur le char, l’équipage et la capsule d’Apollo 7.

La seconde fois, c’était en 1973, pour le second terme du Président Nixon. A l’honneur: le rover lunaire!

Il y eut aussi 1977, pour l’investiture du Président Carter, même si c’était une présence anecdotique… Un employé de la NASA habillé en astronaute paradait sur le char de l’état d’Alabama.

Il fallut attendre ensuite près de 32 ans pour retrouver la NASA… c’était en 2009, pour le premier terme du Président Obama. Il y avait alors un prototype de rover lunaire électrique, conduit par l’astronaute Mike Gernhardt, vétéran des missions STS-69 (1995), STS-83 (1997), STS-94 (1997) et STS-104 (2001).

(La NASA était reléguée parmi les tous derniers chars, d’où les sièges vides en tribune…)

Était également présent l’équipage de la mission STS-126: Christopher Ferguson, Eric A. Boe, Heidemarie Stefanyshyn-Piper, Stephen G. Bowen, Donald Pettit, Robert S. Kimbrough, Sandra H. Magnus, Gregory Chamitoff ainsi que Buzz Aldrin.

- Informations diffusées par le NASA History Office sur leur compte Twitter, photos et vidéo de la NASA. Retrouvez plus de photos sur Flickr.

[Orion] Premier vol prévu pour 2014

La première capsule Orion destinée à être envoyée dans l’espace est arrivée début juillet au Kennedy Space Center, où son assemblage doit se poursuivre dans des locaux flambants neufs!

Le vol d’essai (Exploration Flight Test 1) aura lieu en 2014 et emportera en orbite du matériel destiné à évaluer le comportement de la capsule au décollage, dans le vide de l’espace, lors de sa rentrée dans l’atmosphère et à l’amerrissage. Le lanceur sera une fusée Delta IV Heavy, actuellement la plus puissante au monde.

Pour ce test, la capsule sera envoyée à une orbite située à 5800kms de la Terre, soit à peu près 15 fois plus haut que celle de la station spatiale internationale. La mission ne durera que le temps de 2 orbites, soit quelques heures.

Rappelons que c’est avec cette capsule Orion que la NASA envisage d’aller sur un astéroïde, sur la Lune, ou même sur Mars!

– Merci à Christian pour le lien!

Éjection et sauvegarde des capsules habitées

Soyouz

Quelques mots pour présenter ces documents publiés il y a quelques jours sur Twitter par Chris Hadfield (@Cmdr_Hadfield), astronaute canadien.

Système de sauvegarde du Soyuz

Il s’agit du système de protection de l’équipage qui équipe les capsules Soyouz, et qui a sauvé la vie des astronautes de la mission Soyuz T-10-1 en 1983.

L’éjection de la capsule est intervenue 2 secondes avant l’explosion de la fusée sur son pas de tir. L’accélération fut de l’ordre de 14 à 17g pendant 5 secondes, et la capsule, propulsée à 650m d’altitude a atterri à environ 6,5 kilomètres du pas de tir.

Même si le système a fonctionné, le feu s’est déclaré sous la fusée à T-90s, et les câbles permettant à l’équipage de commander l’éjection de leur capsule ont immédiatement brûlé. Il a fallu 20s supplémentaires pour que le centre de contrôle parvienne à déclencher l’éjection à distance… la fusée disparaissait alors dans les flammes, comme vous pourrez le voir sur les images ci-dessous.

Orion

Le même type de système que celui utilisé sur les Soyouz, appelé Launch Abort Systems (LAS) ou Launch Escape System (LES) sera utilisé par les futures capsules Orion de la NASA.

Préparatifs de test du LAS de la capsule Orion

Diagramme du LAS de la capsule Orion

Séquence de sauvegarde de la capsule Orion (LAS)

La suite logique de la séquence ci-dessus est le déploiement de parachutes, comme pour les capsules Soyouz… Un test du système de parachutes (Capsule Parachutes Assembly System – CPAS) doit d’ailleurs avoir lieu ce 29 fév. 2012.

CPAS de la capsule Orion

Dragon

Autre école de pensée pour la capsule Dragon de SpaceX, qui  sera équipée de 8 moteurs SuperDraco en plus des moteurs Draco qui permettront de maneuvrer la capsule dans l’espace.

Ces moteurs permettront à la fois l’éjection de la capsule en cas de problème avec la fusée (sur le pas de tir ou pendant le vol) mais également un atterrissage contrôlé de la capsule, là encore quelles soient les circonstances (problème, retour sur Terre… ou atterissage sur Mars!).

Séparation de la capsule Dragon d'une fusée défectueuse

A noter que ces moteurs feront également office de moteurs de secours en cas de panne des moteurs Draco… SpaceX ne souhaite rien de moins que de construire le vaisseau spatial le plus sûr possible!

Atterrissage d'une capsule Dragon grâce aux moteurs SuperDraco